29/01/2013

Une journée de volontariat à La Paz…

Un día como volontaria en La Paz…

Anne Schaff a été volontaire pendant plusieurs semaines au sein du centre IDAI (Institut Départemental d'Adaptation Infantile) situé à La Paz, en Bolivie. L'article qu'elle a écrit est l'occasion idéale pour découvrir l'ambiance qui règne dans cette ville, sa population, et le cadre dans lequel Anne a effectué sa mission ! A lire de toute urgence !

solidarité chili exposition

Allez, il est l’heure de se lever ! Vite une petite douche (avec de la chance l’eau sera chaude !), un bon maté (indispensable en Bolivie : si tu as mal au ventre → « prends du maté », si tu as mal  à la tête → « prends du maté », si tu es fatigué → « prends du maté »…bref je m’arrête là, cette tisane à base de feuille de coca est LA boisson miracle en Bolivie), donc je prends ce bon maté, un petit bonjour au patron de l’hôtel, toujours aux petits soins avec moi (« Ma Anita, ¿como estás ? ») et hop c’est parti pour la journée ! Je m’élance dans « ma » rue, échange 2-3 mots avec le vendeur de tissu que je croise tous les jours, puis je vais me poster au coin du trottoir, guettant les minibus qui passent par ici. « Obrajes ! Obrajes ! » hurle un ado à la fenêtre de l’un d’eux. Parfait, c’est là-bas que je veux aller !
 
soidarité chili exposition
 
 Un petit signe de main au chauffeur, puis vite vite il ne faut pas traîner en montant, « ¡Buen día ! », on s’entasse et c’est parti. Je profite de la demi-heure de trajet pour observer l’animation de La Paz le matin : les gens qui prennent leur petit déjeuner dans la rue, la circulation dense (comme à toute heure de la journée), les Cholitas qui installent leur petit commerce, les hommes, courbés en deux, qui transportent des immenses sacs sur leur dos (vous voyez la taille d’un grand frigo ? Eh bien c’est des sacs de cette taille qu’ils transportent !) et les écoliers en uniforme qui discutent au coin de la rue.
 
C’est ainsi que le Toyota se fraye un chemin à travers la ville, emmenant la quinzaine de passagers que nous sommes par des petites rues qui descendent à pic et des avenues saturées de circulation. Puis nous nous éloignons de cette joyeuse cohue et j’admire sans me lasser les paysages montagneux qui se dressent sous le soleil (oui oui, à la différence de Nancy, il n’y a eu qu’une averse durant les deux mois que j’ai passés en Bolivie !). Un petit air de cumbia (« lejos de tiii, voy a muriiir ») nous berce, la petite Vierge Marie accrochée au rétroviseur se balance, tout le monde somnole. Je jette un coup d’œil à ma montre : je vais avoir un quart d’heure de retard (traduction en bolivien : c’est bon je serai à l’heure !).
 
solidarité bolivie humanitaire
 

Ça y est, je reconnais le quartier où je travaille : « Voy a bajar por favor » (« je vais descendre s’il vous plaît »). Aussitôt dit, aussitôt fait : le minibus s’arrête et je descends (pourquoi se compliquer la vie ? Nul besoin d’horaires de bus et d’arrêts de bus !). Comme tous les jours, je passe à côté d’une femme et de ses trois filles qui mendient auprès des voitures (il y a d’énormes inégalités en Bolivie et la pauvreté est parfois criante et serre le cœur), puis de la Cholita qui ouvre sa petite baraque pleine de sucreries. Me voilà arrivée, une petite signature sur le registre et M. vient déjà me faire un câlin. On monte ensemble dans les étages.

Le premier est réservé aux consultations extérieures. Des gens amènent leur enfant chez des médecins, des psychologues, des kinésithérapeutes, des orthophonistes… On arrive ensuite au deuxième étage, où se trouvent les chambres et les salles de bain des résidants du centre. L’une des chambres est réservée aux filles, une deuxième aux garçons et un autre secteur est pour les nourrissons. Le centre accueille une soixantaine d’enfants, âgés de quelques mois à 21 ans, qui sont atteints de divers types de pathologies (retard mental, déficiences sensorielles, pathologies dégénératives, malformations, autisme, trisomie 21…). Le troisième étage est quant à lui réservé aux enfants étant les plus lourdement handicapés.


bolivie la paz

Au deuxième étage se trouve également l’espace multi-sensoriel dans lequel je travaille. Je retrouve avec plaisir Pamela et Isabel, toujours de bonne humeur, qui m’encadrent durant ma mission. On fait un petit coup de ménage dans les différentes salles que l’on utilise : une salle destinée aux enfants les plus jeunes, une salle destinée aux enfants les plus lourdement handicapés, une salle sombre afin de stimuler la vue d’une nouvelle façon, une salle de motricité et une salle blanche dans laquelle diverses activités peuvent être réalisées.

Puis, au boulot ! Pamela m’indique quel enfant je dois aller chercher et dans quelle salle l’emmener. Ce matin, je commencerai par prendre en charge N., une petite fille de 3-4 ans. Je vais la chercher dans la salle de jeux où les petits passent leur journée. Au passage, je croise plusieurs Mamitas qui s’affairent. Les Mamitas sont les femmes qui s’occupent des enfants et gèrent cuisine, lessive et ménage. Dans le secteur des petits, des bénévoles espagnoles arrivées depuis peu jouent avec les nourrissons. J’emmène N. dans la salle de l’espace multi-sensoriel réservée aux plus jeunes. Ici on trouve, entre autres, des panneaux muraux sur lesquels différentes textures sont accrochées (bouts de laine, planche qui gratte, tissu tout doux…) ainsi que des bacs dans lesquels il y a différents matériaux (sable, paillettes, riz, eau…). N. souffre de déficiences visuelles et auditives. Son suivi est donc axé sur le toucher et l’olfaction. Pour le moment, elle accepte de toucher les panneaux, mais pas de plonger ses mains dans les différents bacs.

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La séance commence par l’exploration des panneaux et Pamela vient jeter un coup d’œil dans la salle pour voir si tout se passe bien. De son côté, elle travaille justement à la réalisation de nouveaux panneaux stimulant le toucher. Puis, on continue avec les différents matériaux présents dans les bacs. Je lui fais couler du sable sur les mains, elle semble bien l’accepter. Je tente ensuite avec les paillettes…et bam un geste un peu trop brusque renverse le bac de paillettes sur nous! 20 minutes sont déjà passées, Pamela vient me chercher pour clore la séance et me dire quel autre enfant prendre en charge pour la suite.

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Cette fois-ci, c’est au tour de V., un garçon de 7-8 ans plus que dynamique ! Je ramène N. et vais chercher V. au 3ème étage. Comme souvent, je le trouve attaché au banc (oui pour éviter qu’il ne se fasse mal, V. est souvent attaché quand il n’y a personne pour le surveiller. Au début cela m’a choqué, mais j’ai compris que le nombre insuffisant de Mamitas ne leur permettait pas de faire autrement !). V., le sourire jusqu’aux oreilles, court dans les escaliers et se dirige de lui-même dans la salle de motricité. Et aujourd’hui, la séance se passera dans la piscine à boules, quel plaisir pour lui ! V. est trèèès énergique mais malheureusement très nerveux et stressé. Pour lui, l’un des objectifs visés est de réduire ses conduites d’autostimulation et de permettre qu’il se détende. Durant la séance, j’observe les réactions de V., son niveau de stress, la présence d’autostimulation ou non, sa relation avec les objets et avec les personnes, ses capacités communicatives et son autonomie. A la fin de la matinée, je consignerai toutes ces observations dans le dossier de chaque enfant, ce qui aide à définir une progression des stimulations adaptée à chacun.
«  Adiós adiós, hasta la próxima vez, adiós adiós, cuando me ves » : on chante la chanson de fin de séance et je ramène V. sur son banc.

Au tour de M, avec qui l’on travaille la reconnaissance de bruits familiers, puis de P. atteint du syndrome de l’X fragile avec qui on va travailler l’équilibre, de A. qui a d’importantes déformations physiques que l’on va installer dans le siège de massage, de L. chez qui on va stimuler la vue grâce aux objets phosphorescents dans la salle sombre, de B. avec qui on va jouer de différents instruments de musique, de C. à qui l’on va proposer des pots contenants des odeurs différentes…

Le temps de midi, j’ai pris l’habitude de manger dans le petit restaurant familial du quartier, qui propose un plat du jour pour l’équivalent de 1 euro environ, puis de profiter des nombreux endroits proposant internet pour garder contact avec la France et sauvegarder les jolies photos que je peux faire. Puis, l’après-midi se déroulera de la même manière que la matinée : séances individuelles avec les enfants et il faudra compléter les dossiers de chacun avec les observations faites.

 C’est ensuite dans un bus plein à craquer que je prends le chemin du retour. Je m’arrête dans la rue pour déguster un jus de fruits, frais, pressé sur place et absolument délicieux, succulent et exquis ! Puis vient la grande question : que faire ce soir ? Cours de salsa avec Beatriz ? Soirée au théâtre avec Shandty et Ismael ? Découverte de El Alto (la banlieue très pauvre de La Paz) avec Nelson? Restaurant mexicain avec Jorge ? Visite du musée de la coca ? Téléphoner à mon petit copain ? Shopping dans toutes les boutiques alléchantes de la Sagarnaga ? Promenade dans la ville ? Découverte de la vie nocturne avec Luis, Andrea et Carolina? Travailler un peu mon espagnol ? Passer à la laverie ? Aller voir l’Age de glace 4 au cinéma ? Préparer le week-end à venir ? Mmmh j’hésite encore, mais en tout cas vivement demain que ça recommence !

Anne SCHAFF

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